Voici une histoire que j'ai vécue, j'ai vécu cela dans ma chambre lors de mon séjour à Beyrouth il y a quelques temps.
Après une absence de 10 ans plus ou moins, je suis rentrée dans ma chambre. Et là, ouf! Comme dans les spleens de Baudelaire, je replonge dans mon enfance, mon adolescence, mon histoire, mon berceau. Je regarde la chambre, mon lit, la croix accrochée au dessus du lit, tenue par son ruban à petits carreaux,...Je m'assieds et observe ma table de nuit, un peu poussiéreuse par le temps mais toujours là comme je l'avais laissée, intacte. Je l'observe ; une table en bois avec un tiroir, une vitre par dessus, un abat-jour, un petit cahier et plein de photos en noir et blanc sous la vitre. Des photos de la famille, les enfants, (donc, nous) en bas âges. L'envie de retirer quelques photos m'envahit et me voilà donc assise, silencieuse, calme mais complètement plongée dans le passé. Le Brésil à ce moment n'existait plus, rien ne manquait, l'air de la chambre me réchauffait, mon histoire était là.
L'envie de prendre une ou deux photos de mes 2 ou 3 ans était tellement forte que sans hésitation je retire l'abat-jour pour pouvoir enlever la vitre et satisfaire mon ego. A l'instant où mon bras soulève l'abat-jour je vois la marque intacte et propre que cette base a laissée. D'un geste automatique et précis je remets l'abat-jour exactement où il était sans même oser toucher à la poussière "vivante" qui donnait une telle puissance à cette empreinte.
J'observe l'ensemble et je constate que j'étais sur le point de violer un espace qui ne m'appartient plus...
Cela m'a donné l'envie de créer une série d'oeuvres en béton avec la collaboration de Francesco Passaniti. La première idée est ce mur représentant les traces d'un buffet retiré de sa place, traces d'une place éternelle.